Nous sommes le 12-05-2008 et il est 10:40 à Moscou. «Le populisme correspond essentiellement aux intérêts de la classe des petits producteurs, de la petite bourgeoisie (...)» Lénine

Des hannetons dans la tête


Ma petite chérie,

J’espère que tout va bien pour toi et que tu passes des vacances super-chouettes avec tes copines. N’hésite pas à prolonger ces vacances tant que tu veux. Ici ça va très bien, je suis très heureux sans toi et je continue à ranger la bibliothèque. C’est-à-dire qu’il y a des livres partout, vraiment partout et que ce serait très gênant pour toi si tu rentrais maintenant parce que tu aurais certainement l’impression de me déranger – et ce serait pas faux.

Donc : j’ai descendu tous les livres des étagères, sans compter ceux du grenier que j’ai mis dans la salle à manger et ceux de la cave que j’ai remontés. Mauvaise nouvelle pour toi à ce propos, ma petite chérie : un bon nombre de ceux de la cave étaient en train de pourrir et j’ai dû en jeter un lot, en particulier tes Philippe Labro et tes Jean d’Ormesson ; j’ai aussi bazardé tous tes livres des éditions du Seuil car je pense que tu n’aurais jamais relu Le Voyage à Paimpol de Dorothée Letessier et ces innombrables Tahar Ben Jelloun que tu faisais semblant de lire sur la plage, été après été, à l’époque où nous passions nos vacances ensemble, t’en souvient-il ma petite chérie ? A mon avis, tu n’as aucun regret à avoir. Sur ma lancée j’ai bazardé aussi tes Cosmo, tes vieux Tel Quel et tes 45 tours d’Anne Sylvestre. Je suis sûr que ce grand ménage peut être pour toi le commencement d’une vie nouvelle dominée par l’intelligence et la véritable culture artistique telle que je l’entends.

Mais, me diras-tu, comment va se présenter notre nouvelle bibliothèque ? Toujours aussi curieuse n’est-ce pas ? Et bien, voilà : le mur du fond est occupé par Balzac jusqu’en 1900, les éditions originales et les rééditions, que j’ai décidé finalement de mélanger. Panneau de gauche, les éditions de Balzac depuis 1900 et l’ensemble des traductions, y compris celles antérieures à 1900, qu’il eût été certainement plus logique de placer avec les éditions françaises d’avant 1900, mais la place manquait sur le panneau du fond. La solution, me diras-tu, était de placer à part les éditions originales, mais c’était retrouver la disposition de l’ancienne bibliothèque, celle-là même que j’avais entrepris de modifier. Reste aussi l’éternel problème du reprint de l’édition Furne dite Furne corrigée dont je ne sais jamais si je dois la placer à sa date de publication ou à celle de sa réédition. Sur la paroi de droite, l’ensemble des livres sur Balzac, essais, thèses, biographies, etc.

Qu’ils soient ou non antérieurs à 1900 et qu’il soient ou non écrits en français, c’est là aussi que je mettrai ma collection de Michel Vaillant et de Tif et Tondu, qui n’ont rien à voir avec Balzac, mais qu’il me paraît impensable de reléguer à la cave ou au grenier. Maintenant, que faire des autres livres ? Amis de Balzac, imitateurs de Balzac, successeurs de Balzac – tout ça prend tant de place ! J’aurais jamais cru que ça en faisait autant, et je ne parle pas des plagiaires inconscients de Balzac. Où donc les mettre ? C’est la crise. Une idée me vient. Si je les installais dans ta chambre à coucher, n’est-ce pas une solution idéale ? Evidemment, ça impliquerait que tu t’installes à la cave, ou que tu ne reviennes pas du tout. Je te laisse choisir, ma petite chérie. Tiens-moi au courant.

Ton vieux chéri.

Patrick Besnier

Archive


14 octobre 2007

Editorial du 12 mars


Enfin, la vie à Strasbourg prend de nouvelles couleurs d’espoir en ce printemps venteux. La chute de la maison Keller, annoncée, attendue, logique et fatale nous transporte de joie et d’espoir. Il faut bien entendu rester mobilisés et porter nos suffrages en masse dimanche sur la liste de Roland Ries.

Sept ans de malheur provoqués par la brisure de quel miroir ? Nous nous souvenons des causes de la défaite de 2001 et cette incroyable confiscation d’une ville au profit d’un clan, d’une clique sectaire grâce à quelques voix d’écart apportées en masse par l’extrême droite que le tandem avait su si bien instrumentaliser à sa cause.

Aujourd’hui l’arrogance des Twins s’effondre face à la réalité électorale. Voir les visages de Bob et de Fab ravagés par la défaite et l’amertume console de la bassesse de leurs attaques. Eux qui sont experts en manipulation de l’information, en attaques haineuses et verbeuses de l’adversaire, dénoncent une campagne de calomnie et surtout le pamphlet «Requiem pour un tandem», excellent au demeurant pour ses informations, même si le style eut gagné à être plus soutenu. L’exposé des faits a toujours dérangé le duumvirat, non, on va se faire traiter de macho, alors osons la unumviri unumuxorisque aequitas potestas pour nos lecteurs latinistes distingués. Nous écrivions il y a des années de cela déjà, un texte intitulé «Quousque tandem abutere patientia nostra Fabienne Keller ?», où nous dénoncions l’étroitesse de vue petite-bourgeoise de ces élus qui en sept ans ont réussi à refaire de notre cité une belle endormie, une vitrine pour touristes. Et encore, si on dit «belle» c’est pour respecter l’expression, car personnellement nous avons déjà dit tout ce que nous pensions des aménagements hideux de la place Kléber où il serait même impossible de vouloir noyer le tandem dans son pédiluve, comme on noierait son chien atteint de la rage. Ce sont des images, pas des appels au meurtre, ils ont déjà été assassinés par le suffrage universel. Quoique nos mœurs policées manquassent un peu de poésie, l’idée de voir le futur ex-président de la CUS dans le goudron et les plumes nous arracherait volontiers un sourire…

Sept ans d’incompétence, de mégalomanie, de propagande et d’erreurs politiques et de gestion. L’audit indépendant des finances municipales s’impose, il y a des obscurités dans bien des opérations qui méritent d’être éclaircies.

Sept ans de mépris envers les Strasbourgeois, envers les membres de l’opposition, envers les associations, envers leurs propres élus éjectés du jour au lendemain de leur liste, ça finit par se payer. Strasbourg, qui avait une culture vivante et moderne en 2001, une vie nocturne animée, a dû se plier aux diktats du Premier adjoint, pour lequel fût créée une pseudo fonction de «maire-délégué». Celui-ci, frotté de littérature et d’arts plastiques, a exclu les uns, subventionné quelques artistes officiels bien en cour, et tout misé sur quelques institutions prestigieuses. Sa vision patrimoniale de la culture a été jusqu’à affubler du nom du ministre de la Culture du général de Gaulle, la presqu’île où s’édifie la médiathèque. Il y avait déjà une rue André-Malraux dans notre ville. Etait-il encore besoin de donner le nom de ce graphomane opiomane voleur de trésors artistiques à un nouveau lieu de la ville ? Ce totémisme gaulliste indique bien à quel point le futur ex-président de la CUS est un homme du passé, un politicien antédiluvien du XXe siècle, qui de surcroît, selon ses dires, avait fait don de la personne de Nicolas Sarkozy à la France, ce qu’il semble bien regretter aujourd’hui.

Quant à la sénatrice, elle a réussi à donner aux adversaires de l’implantation du Parlement européen à Strasbourg de nombreux arguments en commençant par tuer la vie nocturne de notre cité. Combien de petits concerts rock, jazz ou autres arrêtés à 22 h par la police municipale sous prétexte de nuisances sonores ? Combien de lieux nocturnes fermés ? Où aller manger après minuit ? A ces questions, la sénatrice a toujours bayé aux corneilles avec son fameux «la nuit, moi je dors». Certes madame, et nous vous souhaitons de bonnes siestes au palais du Luxembourg où vous avez toujours brillé par votre absence, c’est votre choix. Mais d’autres personnes ne choisissent pas, il y a aussi une vie de labeur la nuit, d’autres nécessités économiques, d’autre rythmes que vous n’avez pas compris, ce qui a plombé le dynamisme de la ville et largement son image.

Aujourd’hui, la sénatrice-encore-maire promène ses larmes dans les quartiers en invoquant la «couture fine» qu’elle pratique. Quelle «couture fine» ? Quand on construit un Zénith en plein champ et qu’on est incapable de rallonger une ligne de tram de 700 m, ce n’est pas de la couture, c’est idiot tout simplement. Quand on fait sauter des barres d’immeuble sans construire d’habitations pour reloger les gens et qu’on voit se développer des squats de caravanes infestés de rats, où est la vision urbaine, où est la finesse ?

Faire siens les projets de la gauche après les avoir combattus et dénoncés, puis en revendiquer la paternité a été l’opération de propagande menée par les Twins depuis sept ans. Les Strasbourgeois ne s’y sont guère trompés. Dimanche, ils auront l’occasion de se débarrasser de cette verrue disgracieuse qu’est le tandem, de la «maîtresse d’école» qui a gouverné Strasbourg, selon les propres mots du président Zeller, sans doute enchanté au même titre que le président Richert de cette farce tragique qui voit la disparition politique de deux étranges animaux, un ptérodactyle et un tricératops qui crurent malin de monter sur une bicyclette…

Dernière minute


Nicolas Sarkozy porte plainte contre le pauvre con du salon de l'agriculture

Le crime commis contre le président de la République et contre la grammaire française samedi dernier ne restera pas impuni. L'auteur du «touche-moi pas, tu me salis !» est en effet poursuivi, sur plainte du locataire de l'Elysée, pour «terrorisme et atteinte à la sûreté de l'Etat», «insulte à représentant de l'ordre public dans l'exercice de ses fonctions» et «faute de grammaire en présence du protecteur de l'Académie française».

Rachida Dati, qui avait déclaré «choquant» qu'un individu puisse être «un peu désagréable» avec le président de la République, s'était engagée dès samedi midi auprès de son entourage bien désinformé à «laver l'affront subi par Nico en faisant un exemple».

Les charges qui pèsent contre le pauvre con sont lourdes et nous avons demandé à la ministre de l'injustice de les expliquer.

«Il y a atteinte à la sûreté de l'Etat», analyse donc Rachida Dati puisque en offensant Nicolas Sarkozy, le coupable lui a fait perdre son sang froid et a donc fait prendre «des risques inconsidérés à la stabilité des institutions». Selon l'entourage bien désinformé de la Garde des Sceaux, énerver le président de la République, que tout le monde sait «psychologiquement sensible», est un acte délibéré de «terrorisme» visant à «fragiliser l'équilibre des pouvoirs».

Rachida Dati considère comme une «circonstance aggravante» le fait qu'il y ait «insulte à un représentant de l'ordre public dans l'exercice de ses fonctions». Sur le conseil de ses avocats, Nicolas Sarkozy n'a pas voulu retenir le délit d'outrage au chef de l'Etat, considéré comme «désuet et inadapté à la gravité de la situation». C'est donc en tant que «garant de l'ordre public» que le président de la République s'est senti offensé.

Enfin, le pauvre con du salon de l'agriculture se voit poursuivi pour le délit «gravissime» d'usage d'une grammaire inappropriée. «On ne dit pas touche-moi pas mais ne me touche pas», affirme Rachida Dati, pour qui l'atteinte à la grammaire est une agression «considérable qui renforce le sentiment d'insécurité qu'a dû ressentir le chef de l'Etat face à ce pauvre con». Des tests ADN de précaution ont été demandés pour s'assurer du caractère français de souche du pauvre con, qui, s'ils s'avèrent négatifs, pourrait être reconduit à la frontière à l'issue de sa future rétention de sûreté.

On apprend par ailleurs de sources bien désinformées que la vache qui a déféqué sur les mocassins présidentiels a été conduite dès dimanche à l'abattoir. Les premières constatations sur place ont permis de déterminer qu'il ne s'agissait pas d'un «accident», comme le prétendaient les avocats du propriétaire du bovin. L'enquête en cours déterminera s'il faut abattre tout le troupeau auquel appartenait cette vache, l'analyse de la bouse ayant mis en évidence «des traces de substances azotées toxiques». L'éleveur propriétaire de la vache coupable a été immédiatement déchu de ses droits civiques, il risque un mois de prison ferme, peine qui sera suivie d'un enfermement à vie au nom de la loi de rétention de sûreté.




Le dessin du moment