Des hannetons dans la tête


Ma petite chérie,

J’espère que tout va bien pour toi et que tu passes des vacances super-chouettes avec tes copines. N’hésite pas à prolonger ces vacances tant que tu veux. Ici ça va très bien, je suis très heureux sans toi et je continue à ranger la bibliothèque. C’est-à-dire qu’il y a des livres partout, vraiment partout et que ce serait très gênant pour toi si tu rentrais maintenant parce que tu aurais certainement l’impression de me déranger – et ce serait pas faux.

Donc : j’ai descendu tous les livres des étagères, sans compter ceux du grenier que j’ai mis dans la salle à manger et ceux de la cave que j’ai remontés. Mauvaise nouvelle pour toi à ce propos, ma petite chérie : un bon nombre de ceux de la cave étaient en train de pourrir et j’ai dû en jeter un lot, en particulier tes Philippe Labro et tes Jean d’Ormesson ; j’ai aussi bazardé tous tes livres des éditions du Seuil car je pense que tu n’aurais jamais relu Le Voyage à Paimpol de Dorothée Letessier et ces innombrables Tahar Ben Jelloun que tu faisais semblant de lire sur la plage, été après été, à l’époque où nous passions nos vacances ensemble, t’en souvient-il ma petite chérie ? A mon avis, tu n’as aucun regret à avoir. Sur ma lancée j’ai bazardé aussi tes Cosmo, tes vieux Tel Quel et tes 45 tours d’Anne Sylvestre. Je suis sûr que ce grand ménage peut être pour toi le commencement d’une vie nouvelle dominée par l’intelligence et la véritable culture artistique telle que je l’entends.

Mais, me diras-tu, comment va se présenter notre nouvelle bibliothèque ? Toujours aussi curieuse n’est-ce pas ? Et bien, voilà : le mur du fond est occupé par Balzac jusqu’en 1900, les éditions originales et les rééditions, que j’ai décidé finalement de mélanger. Panneau de gauche, les éditions de Balzac depuis 1900 et l’ensemble des traductions, y compris celles antérieures à 1900, qu’il eût été certainement plus logique de placer avec les éditions françaises d’avant 1900, mais la place manquait sur le panneau du fond. La solution, me diras-tu, était de placer à part les éditions originales, mais c’était retrouver la disposition de l’ancienne bibliothèque, celle-là même que j’avais entrepris de modifier. Reste aussi l’éternel problème du reprint de l’édition Furne dite Furne corrigée dont je ne sais jamais si je dois la placer à sa date de publication ou à celle de sa réédition. Sur la paroi de droite, l’ensemble des livres sur Balzac, essais, thèses, biographies, etc.

Qu’ils soient ou non antérieurs à 1900 et qu’il soient ou non écrits en français, c’est là aussi que je mettrai ma collection de Michel Vaillant et de Tif et Tondu, qui n’ont rien à voir avec Balzac, mais qu’il me paraît impensable de reléguer à la cave ou au grenier. Maintenant, que faire des autres livres ? Amis de Balzac, imitateurs de Balzac, successeurs de Balzac – tout ça prend tant de place ! J’aurais jamais cru que ça en faisait autant, et je ne parle pas des plagiaires inconscients de Balzac. Où donc les mettre ? C’est la crise. Une idée me vient. Si je les installais dans ta chambre à coucher, n’est-ce pas une solution idéale ? Evidemment, ça impliquerait que tu t’installes à la cave, ou que tu ne reviennes pas du tout. Je te laisse choisir, ma petite chérie. Tiens-moi au courant.

Ton vieux chéri.

Patrick Besnier

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14 octobre 2007

Editorial du 10 janvier 2010


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